Deux géants de la modernité célébrés




Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) est fier de présenter, pour la toute première fois dans l’histoire de l’art, un croisement inédit de l’œuvre de deux géants de l’art moderne, la peintre américaine Joan Mitchell (1925-1992) et l’artiste canadien Jean-Paul Riopelle (1923-2002) : l’exposition Mitchell Riopelle. Un couple dans la démesure, du 12 octobre 2017 au 7 janvier 2018. À l’instar de couples aussi célèbres qu’Auguste Rodin et Camille Claudel, de Man Ray et Lee Miller, de Diego Rivera et Frida Kahlo, de Jackson Pollock et Lee Krasner, leur histoire de passion créatrice unique s’inscrit dans la constellation des mythologies sentimentales et artistiques. L’exposition se veut une ode à la création, une véritable célébration de la peinture dans toute sa force et sa magnificence.

Jean-Paul Riopelle, Sans titre, vers 1968. Huile sur toile, 200 × 300 cm. Collection particulière © Succession Jean Paul Riopelle / SODRAC (2017).

Deux géants de la modernité célébrés

Quelque 60 œuvres majeures ont été rassemblées pour retracer leur carrière artistique respective, à l’aune de leur relation, soit à compter de leur rencontre en 1955, jusqu’à leur séparation en 1979. Conçue par le MNBAQ et organisée en partenariat avec le Musée des beaux-arts de l’Ontario (AGO), avec l’appui de la Fondation Joan Mitchell (New York) et de la Succession Jean Paul Riopelle (Montréal), l’exposition présente principalement des tableaux de grand format, quelques œuvres sur papier et des documents d’archives, en provenance de plus d’une trentaine de prêteurs, de collections privées et muséales, françaises, canadiennes et américaines. Cette présentation explore comment ces deux artistes, qui ont partagé leurs vies pendant près de 25 ans, à Paris, puis à Vétheuil (dans la vallée de la Seine), ont développé une pratique d’atelier et un corpus bien distinctifs tout en engageant un dialogue nourri autour de l’abstraction. Leurs goûts pour l’héritage impressionniste, la nature et une forme de provocation les ont certainement rapprochés. Leur conception de la peinture et leurs méthodes de travail, profondément singulières, ont pourtant été complètement façonnées par leur relation sentimentale.

Joan Mitchell, Sans titre, vers 1969. Huile sur toile, 194,8 × 113,7 cm. Collection particulière, Paris © Estate of Joan Mitchell.

Parmi les œuvres incontournables

À travers un parcours unique des quatre salles temporaires du pavillon Pierre Lassonde, articulé autour de sept thèmes invitants – Prologue : avant la rencontreLa rencontre et ses effets : 1955-1958; Les années rue Frémicourt : résonnances et dissonances 1959-1967; Les ateliers de Vétheuil et de Saint-Cyr-en-Arthies : Les territoires distincts, 1968-1974; Canada et nordicité : expression de deux solitudes, 1975-1977; Vers la rupture : 1978-1979 et Épilogue : décès de Joan Mitchell, 1992 -, les visiteurs pourront littéralement plonger au cœur de cette histoire de passion créatrice.

Parmi les tableaux incontournables de l’exposition, Saint-Anthon (1954), de Jean-Paul Riopelle, s’inscrit parmi les œuvres remarquables d’une suite de tableaux « blancs », inspirés des cimes enneigées des Alpes autrichiennes. En provenance d’une collection privée new-yorkaise, ce paysage abstrait, vaste plan blanchâtre magnifié par la présence de fines calligraphies colorées, a fort probablement retenu l’attention de Joan Mitchell qui, parallèlement, s’attardait elle aussi au caractère dualiste du champ blanc, perçu à la fois comme fond et comme plan.

Il faut également souligner Sans titre (La Fontaine) (1957), œuvre révélatrice de la complexité existant alors entre les deux peintres. En effet, Mitchell aurait inscrit discrètement dans la marge supérieure gauche du tableau « Le Laboureur et ses enfants, La Fontaine!! » en référence à la fable bien connue, mais également à une œuvre de Riopelle intitulé Labours sous la neige, réalisée un peu avant. On peut donc voir dans ce tableau, longtemps conservé par la peintre, un tendre clin d’œil à Riopelle.

Un jardin pour Audrey (1974), autre chef-d’œuvre de Mitchell, nous arrive d’une collection particulière parisienne et constitue l’un des tableaux de l’artiste parmi les plus achevés, dans lequel elle atteint la quintessence de son art de peindre selon les spécialistes. Enfin chez Riopelle, Mitchikanabikong(1975), prêtée par l’une des collections les plus renommées sur la scène internationale, le Centre Georges-Pompidou, Musée national d’art moderne, est un tableau annonciateur de la série des Icebergs, ce tryptique s’inscrivant dans un processus identitaire, où Riopelle signe chaque composante de tracés linéaires rappelant certains profils énigmatiques de son animal fétiche, le hibou, que l’on retrouve tant dans sa sculpture que dans son œuvre sur papier. Une autre œuvre majeure de l’artiste à ne pas manquer!

L’Hommage à Rosa Luxemburg, comme une apothéose

Pour compléter le périple de l’exposition, il faut voir ou revoir L’Hommage à Rosa Luxemburg située dans le passage Riopelle par CGI reliant le pavillon Pierre Lassonde au reste du complexe muséal. Le chef-d’œuvre du MNBAQ, monumental triptyque réalisé par Riopelle d’un seul élan à l’annonce de la mort de Joan Mitchell – longue fresque se déployant en 30 tableaux dont les signes et les codes relatent, en filigrane, sa rencontre avec son ancienne compagne – prend ici toute sa majesté, tout son sens.

Deux expériences interactives au service de l’œuvre de Mitchell et Riopelle

En complément, l’espace de médiation Hydro-Québec permettra aux visiteurs de vivre deux expériences au cœur de l’exposition grâce au numérique : Peindre le geste et Mitchell | Riopelle. Dans l’intimité.

La fascination exercée notamment par les œuvres de Mitchell et Riopelle pourra s’exprimer à travers une expérience virtuelle stimulante dans les salles d’exposition. Peindre le geste, un dispositif 3D interactif réalisé par SAGA, permettra de reproduire le geste créatif des deux artistes avec un pinceau, un couteau ou encore une spatule. Les participants auront également accès à une palette de 10 couleurs utilisées par les deux artistes. L’œuvre créée, projetée sur un mur, pourra aussi être partagée sur Facebook ou encore récupérée par courriel.

Les visiteurs pourront également consulter les tablettes numériques disposées dans l’espace de médiation, où 36 photos d’archives du couple, accompagnées de légendes explicatives et divisées en quatre grandes périodes, pourront offrir un voyage fascinant dans l’intimité des deux artistes au sommet de leur art.

Un catalogue incontournable pour une exposition inédite

Mitchell | Riopelle. Un couple dans la démesure, la toute première exposition à porter un regard croisé sur ces deux peintres et leurs 25 ans de vie commune et leur notoriété respective, se devait d’être accompagnée d’une publication majeure. L’ouvrage de plus de 200 pages, proposant les textes du commissaire invité, Michel Martin, d’Yves Michaud, philosophe et spécialiste de l’art contemporain, et de Kenneth Brummel, conservateur adjoint de l’art moderne du Musée des beaux-arts de l’Ontario, constituera une révélation tant pour le public que pour les spécialistes. Ce livre est le fruit d’une première collaboration entre le MNBAQ et 5 Continents, prestigieuse maison d’édition milanaise qui assurera une distribution internationale ainsi qu’un rayonnement unique de l’exposition inédite créée à Québec.

Après Québec, Toronto et Landerneau

Illustration vibrante de la passion créatrice qui unissait Mitchell et Riopelle, l’exposition créée à Québec sera présentée au Musée des beaux-arts de l’Ontario (AGO), du 17 février au 12 mai 2018, ainsi qu’en France, du 9 décembre 2018 au 10 mars 2019, au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture à Landerneau.

Les crédits

L’exposition Mitchell Riopelle. Un couple dans la démesure est conçue par le Musée national des beaux-arts du Québec et organisée en partenariat avec le Musée des beaux-arts de l’Ontario et le Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la Culture, avec l’appui de la Joan Mitchell Foundation et de la Succession Jean Paul Riopelle.

 

SOURCE Musée national des beaux-arts du Québec / Crédit photo : Musée national des beaux-arts du Québec © Alice Gao / Patrice Schmidt / Idra Labrie

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire